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Mais que fait l'État ? L'État réprime, mutile et tue


Par Anissa Fathi, Camille, Félicien Breton, Ismahane Chouder, Malika-Sandrine Charlemagne (20 novembre 2014)

Les violences policières sont systématiques. Cette tribune montre un soutien mutuel à faire entre les luttes contre les grands projets inutiles et imposés et les luttes contre les politiques de racialisation. Elle démontre que la convergence est possible et donne quelques pistes pour la construire.

Bernard Cazeneuve n’est pas légitime. Il cherche moins à protéger les populations qu’à maintenir l’ordre économique, politique et social (capitaliste, raciste et patriarcal) par l’usage de la violence si nécessaire.

Depuis des années, des « services » de l’État ont des pratiques illégales. La division entre désobéissant-e-s, occupant-e-s, contestaires est un piège que tendent aujourd’hui le gouvernement et les médias à ceux et celles qui, tout en ne partageant pas les mêmes objectifs politiques, ni les mêmes pratiques militantes, souhaitent lutter contre la destruction de la biodiversité, pour le maintien des terres agricoles, contre l’expropriation des paysan-ne-s au nom des intérêts de l’agro-industrie, mais aussi contre les violences policières et le déni des droits démocratiques, et en premier lieu celui de manifester et de contester des décisions illégitimes et même souvent illégales !

Rémi Fraisse n’a pas été tué par hasard mais suite à une tension appliquée par les pouvoirs publics depuis des semaines. Le Conseil général du Tarn voulait accélérer les destructions au Testet parce qu’on ne détruit pas un ouvrage public même illégal, comme le montre le barrage de Fourogue (même taille, même exploitant, même maître d’œuvre que le barrage de Sivens). L’État a donc placé toujours plus de forces, toujours plus violentes à la ZAD du Testet. Les attaques de la police ne sont pas des ‪‎bavures‬. Elles visent à réprimer toute contestation populaire.

Rémi Fraisse n’est pas « mort pour ses idées », ni comme martyr de la cause anti-barrage. Il est mort de l’application des doctrines et pratiques du maintien de l’ordre. S’il est mort pour quelque chose, c’est à cause de cet ordre à maintenir toujours plus violemment à mesure qu’il tient de moins en moins par lui même.

Le samedi 24 novembre 2012 déjà, à Notre-Dame-des-Landes, près de 900 militaires avaient été mobilisé-e-s pour tenter de « neutraliser » quelque 500 opposant-e-s anti-aéroport. Il y avait eu onze blessures par flashball, au thorax, « avec un doute sur une lésion hépatique » pour deux personnes ; au visage, « avec probable lésion dentaire ou maxillaire » pour une autre ; mais aussi des points de suture au crâne ; une personne « choquée par gaz » ou encore six blessures par explosion de bombes assourdissantes.

Avant ces dernier jours à Blois (jeudi 30 octobre) et à Nantes (samedi 1er novembre lors d’une manifestation en hommage à Rémi Fraisse), la police française avait déjà blessé et mutilé d’un tir de flashball à la tête : Clément Alexandre (à la Fête de la Musique, en 2009, place de la Bastille à Paris), Florent Castineira (en marge d’un match de foot, en 2012 à Montpellier), Joan Celsis (en marge d’une manifestation étudiante, en 2009 à Toulouse), John David (lors d’une manifestation contre ArcelorMittal, en 2013 à Strasbourg), Pierre Douillard (lors d’une manifestation de lycéen-ne-s opposé-e-s à la loi Pécresse sur l’autonomie des universités, en 2007 à Nantes), Joachim Gatti (alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs/squatteuses expulsé-e-s, en 2009 à Montreuil), Quentin Torselli, Damien Tessier, Emmanuel Derrien (tous les trois ont perdu l’usage d’un oeil le 22 février 2014, lors d’une manifestation contre un second aéroport à Nantes).

Non au barrage de Sivens ! Mais que fait l\'État ? À Paris, au rassemblement en hommage à Rémi Fraisse, le 29 octobre 2014

"Non au barrage de Sivens !" "Mais que fait l\'État ?"
À Paris, au rassemblement en hommage à Rémi Fraisse, le 29 octobre 2014.
Photo © NnoMan / Collectif ŒIL

La police n’est pas violente avec les notables. Elle l’est avec les dominé-e-s pour les « remettre à leur place » : les immigré-e-s, les racisé-e-s, les femmes, les précaires, les cheminots, les ouvrier-e-s, les employé-e-s, toutes ceux et celles qui n’en peuvent plus de vivre dans la « non-dignité ».

L’arrêt des violences policières impunies était déjà une revendication de la Marche pour l’égalité en 1983 mais le système judiciaire utilise les services de police quotidiennement. Ces institutions sont donc structurellement coopératives et les personnels construisent des rapports interpersonnels. C’est pourquoi il faut dépayser l’instruction des affaires de violences commises par un-e fonctionnaire de police. C’est-à dire que toutes les procédures et actes d’enquête et de « justice » doivent être menées d’une circonscription où le/la suspect-e n’a pas travaillé et ne travaille pas.

La liste des personnes racisées tuées par la police s’allonge tous les mois mais l’information médiatique ne passe pas (parce que les journalistes ont d’autres priorités qu’on leur impose mais aussi parce que le gros de la population en est moins choqué). Parmi les nombreux hommes racisés décédés dans les mains de la police, on peut néanmoins citer, depuis 2012 :

  • La première mise en examen est arrivée deux ans après le meurtre policier de Wissam El-Yamni à Clermont-Ferrand (entré dans le coma le 1er janvier 2012).
  • Amine Bentounsi, le 21 avril 2012, a été abattu par un agent de la BAC, d’une balle logée dans le dos.
  • Abdelilah El Jabri, à Aulnay-sous-Bois (93), mort lors d’un contrôle.
  • Mohamed H. à Massy-Palaiseau (91), tué au cours d’une poursuite.
  • Un jeune homme de 17 ans, à Cayenne (97), mort en garde-à-vue.
  • Youssef Mahdi, à Melun (77), mort noyé.
  • Nabil Mabtoul, à Millau (12), tué par balle.
  • Noureddin Mohamed, à Calais (62), mort noyé.
  • Abdelghani 0. à Clermont-Ferrand (63), tué au cours d’une poursuite.
  • Lahoucine Aït Omghar a été tué par des policiers le 28 mars 2013 à Montigny-en-Gohelle.
  • Un homme, à Grigny (91), tué au cours d’une poursuite.
  • Yacine Aïbeche, à Marseille (13), tué par balle.
  • Lahoucine Aït Omghar, à Montigny-en-Gohelle (62), tué par balle.
  • Carlos Batista Da Silva, à Cayenne (97), tué par balle.
  • Mourad Touat a été défenestré par la police le 1er avril 2014.
  • Abdelhak Goradia est mort le 21 août 2014 à bord d’un fourgon de police qui le menait vers l'aéroport de Roissy pour son expulsion.
  • Hocine Bouras, menotté, a été tué d’une balle dans la tête le 26 août 2014, alors qu’il était escorté par deux gendarmes.

Que certain-e-s soient des cibles habituelles de la police, c’est certain. Mais les violences policières sont une question démocratique : qui regarde tou-te-s les habitant-e-s. Nous, les signataires de cette tribune, soutenons l’Appel à une coordination des Zones À Défendre. Nous soutenons la journée de grève nationale de l’enseignement : étudiant-e-s, lycéen-nes, enseignant-e-s, personnels, le jeudi 20 novembre avec manifestations.

Des signataires peuvent mettre en liaison des militant-e-s de causes séparées. Écrivez à notre petit comité de liaison à liaison(arobase)guideduvin.com . De là, ces militant-e-s pourront en autonomie imaginer des actions communes.

Nous irons casqué-e-s aux rassemblements contre les violences policières du 22 novembre et de tous les samedis suivants, pour se réapproprier l’espace public et en dénoncer la militarisation. Nous irons au tribunal soutenir toutes les personnes inquiétées pour leur contestation.

N’oublions pas que chaque jour est propice à résister aux « forces de l’ordre », une institution qui mutile et tue pour le compte de « l’état de droit », et de ses projets juteux et dévastateurs.

Il est aussi bien nécessaire et urgent que les organisations de gauche, écologistes, antiracistes, des collectifs de lutte se réunissent pour agir et réagir contre la violence étatique. Agir dans le sens d’une convergence des différentes composantes du mouvement social, sans prééminence de l’une ou de l’autre, n’est jamais simple, et impose des compromis de part et d’autre. C’est à cette condition que nous ferons plier l’État sur les grands projets inutiles et imposés et sur ses politiques de racialisation. Ce serait un bel hommage à la mémoire de nos morts. C’est également à cette condition que nous serons en capacité de saisir les contradictions qui travaillent la société et de traduire en actes les aspirations à la démocratie, à la justice raciale, sociale et environnementale qui sous-tendent les mobilisations.

 

Post-scriptum

Vous pourrez être intéressé-e-s aussi par une initiative contre les politiques de racialisation à laquelle vous pouvez participer.

Vous pouvez aussi aller soutenir une ZAD, par exemple celle du Testet.

Voici une liste des rassemblements en hommage à Rémi Fraisse et contre les violences policières.

 


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