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Sexisme et racisme se combinent


par Félicien Breton (mis à jour en février 2014)

Patriarcat et racisme se combinent pour placer les hommes « blancs » tout en haut et les femmes racisées tout en bas. Essayons d’articuler genre, race, colonisation puis religion. Je prendrai beaucoup l’école pour exemple.

Sexisme

Les filles sont meilleures à l’école mais sont dissuadées de continuer dans les filières les plus nobles (en moyenne). Les hommes sont payés 36 % plus que les femmes (en France, à compétence égale). Je n’explicite pas : les rouages du patriarcat sont connus (grâce à de l’activisme depuis plus d’un siècle).

Racisme

Les personnes racisées sont discriminées à l’embauche, ce qui pousse certaines à s’exiler. En 1982, le gouvernement instaure le contrôle au faciès et abandonne le socialisme pour « l’Europe ». Puisque les élites locales sont impuissantes à gérer l’économie, elles montrent de la « fermeté » envers ce qui est facile à stigmatiser : les pauvres, les Rroms, les sans-papiers, l’islam. Soyons virils avec les faibles !

Les races, ça n’existe pas mais la discrimination raciste si. Elle est pratiquée contre les populations qui ne ressemblent pas à l’image que l’on se fait des ancêtres. On dit cette image « normale » par raccourci et par besoin de domination dans les pays occidentaux (l’Europe et les « cinq yeux »). Cette catégorie est un rapport social de dominnation du « blanc » : la hiérarchie est forte avec les cultures jadis colonisées et plus faible avec les cultures différentes mais pas colonisées (les Chinois, les Japonais). Admettons que tu sois d’origine arabe ; en Europe, tu es méprisé⁃e parce que la culture porte cette hiérarchie. Si tu habitais en Haïti tu serais blanc-he (parce que la négrophobie est énorme et l’histoire coloniale arabe inconnue).

Blanctriarcat

Cheveux défrisés mais ondulés On en vient à se déprécier soi-même (si on n’est pas blanc-he). Beaucoup de femmes à la peau noire abîment leurs cheveux en les défrisant et risquent leur santé avec des crèmes pour blanchir la peau. Les canons de la beauté, c’est du patriarcat. Que ces canons soient occidentaux, c’est à cause de la domination occidentale. Le tout, c’est du blanctriarcat (selon le mot de Lalla Kowska Régnier.)

Puisque homme et blanc c’est valorisé et que femme, descendant⁃e de sujets français, islam c’est méprisable, on se retrouve avec une hiérarchie des gens. (Les richesses économique, médiatique et intellectuelle vont en gros dans le même sens.)

Signes religieux

Un exemple criant est l’école : les exigences sont différentes quant aux signes religieux. On oblige les filles racisées et on n’a aucun problème avec les garçons. Voyez plutôt.

Beaucoup de professeur⁃e⁃s (non-racisé⁃e⁃s, éduqué⁃e⁃s) ont poussé à interdire tout signe de religion allogène sur les filles descendantes d’indigènes (un foulard ou même un bandana). Ils/elles ne se sont pas mobilisés contre les garçons de cultures inconnues (les sikhs) parce que ce sont des garçons mais aussi parce que le colonialisme français ne s’est pas occupé d’eux : on n’a pas « appris » qu’ils étaient inférieurs. Par contre on a bien appris que les musulman⁃e⁃s étaient inférieur⁃e⁃s. C’est ensuite une coalition d’activistes de gauche et de droite qui a poussé la question dans le débat public.

Le Ministre de l'intérieur participe au Vatican à la canonisation d'un missionnaire colonisateur Réciproquement la part dominante de la société tolère très bien que des professeurs portent un signe ostentatoire de religion, si ce n’est pas de l’islam mais d’une religion non-colonisée. Par exemple les professeurs portent la kippa devant 30.000 élèves (estimation du Fonds social juif unifié).

Bref, les systèmes de stigmatisation puis de domination s’interpénètrent pour placer les hommes non-racisés tout en haut et les femmes en hijab tout en bas. On appelle l’étude de ces combinatoires l’intersectionnalité.

Laïcité

Compliquons. Si vous voulez parler de laïcité, c’est encore une autre histoire. Le blanctriarcat est utilisé par certain⁃e⁃s éditocrates réactionnaires et certain⁃e⁃s politicien⁃ne⁃s : il⁃elle⁃s subvertissent la laïcité pour augmenter leur influence en se montrant « fermes » face à la « marée islamique » (ce qui nourrit l’islamophobie.)

Éducation socialisée dans le privé

Certaines personnes objectent qu’avoir des signes religieux dans une école confessionnelle, c’est « normal ». Pourtant, si la personne qui encadre est une femme racisée, il y a un tollé : c’est l’affaire Baby-Loup. Il y a alors des figures éminentes (Élisabeth Badinter, Annie Sugier, Michèle Vianès, Harlem Désir) qui signent une pétition islamophobe pour demander « une loi pour qu’une crèche privée subventionnée respecte la neutralité » (alors qu’une école privée subventionnée n’a aucune obligation de neutralité). Lors de la suite judiciaire, une cour de justice milite pour renverser l’arrêt d’une cour supérieure ; c’est spécifique à la France.

Éducation nationale

Certaines personnes répliquent qu’heureusement la religion est traitée équitablement dans l’école publique. Eh bien non. Dans les mêmes établissements de l’Éducation nationale, les signes religieux sont interdits aux élèves mais portés par les professeurs des quatre « cultes reconnus ». En Alsace et en Moselle il y a des curés, des rabbins et des pasteurs qui donnent des cours de religion au sein des établissements scolaires publics, qui siègent dans des conseils de classe, y compris dans des établissements d’où on a exclu des filles. (Pfefferkorn, Roland, “Alsace-Moselle : un statut scolaire non laïque”, Revue des Sciences Sociales, Strasbourg, n° 38, 2007, pages 158-171)

De façon générale, les profs de religion ne sont pas ministres du culte (curé, pasteur, rabbin). En revanche, cela peut bien souvent être la femme du pasteur ou du rabbin (ou l’homme si le pasteur ou le rabbin est une femme). Il y a seulement deux femmes rabbins en France. Tout comme les imams, elles ne sont pas reconnues comme professeure mais comme ministre du culte.

La loi du 15 mars 2004 pour exclure le foulard de l’école publique s’applique partout en France. Le rapport au gouvernment montre que la plupart des filles qui ont été exclues en France, l’ont été en Alsace et en Moselle, c’est-à-dire dans des départements non-laïques. Plus précisément : « Le nombre total de signes religieux recensés au cours de l’année 2004-2005 est de 639, soit deux grandes croix, onze turbans sikhs, et les autres signes, tous des voiles islamiques. [...] Ce total de 639 représente moins de 50% des signes recensés l’année précédente ». Autrement dit, bon nombre d’élèves n’ont pas tenté leur chance en se présentant à la rentrée de septembre 2004.

« Seules six académies ont signalé un effectif supérieur à 12, avec une pointe de 208 à Strasbourg », académie qui couvre la région Alsace. Cette année-là (2004-2005) l’Éducation nationale a expulsé 47 élèves pour signe religieux ostensible. L’académie qui a expulsé le plus d’élèves est la région Alsace (soit 17, Tableau 2, page 45).

Donc il y a des professeurs portant signes ostentatoires de religion qui enseignent leur religion à des élèves qui n’ont pas le droit de montrer leur religion. Qui porte sa religion de manière ostentatoire dans les cours de religion qu’organise l’Éducation nationale en Alsace ou en Moselle ?

  • pas les élèves : c’est interdit ;
  • les professeurs catholiques hommes si ça leur chante (une croix au cou) ;
  • les pasteur⁃e⁃s parfois (une croix au cou) ;
  • pas les professeures juives (pas de signe ostentatoire chez les femmes autorisées à être prof) ;
  • les professeurs juifs (qui peuvent parfois porter la kippa) ;
  • pas les professeur⁃e⁃s musulman⁃e⁃s (il n’y en a pas).

Conclusion

J’ai tenté de démontrer que le racisme occidental a des racines coloniales et que la discrimination s’applique plus fort sur les femmes et les religions récentes. Utilisez ce texte pour le montrer vous aussi.

Si vous n’êtes pas une femme racisée, vous pouvez aider en devenant un⁃e allié⁃e. Vous pouvez aussi en discuter par mail, Twitter ou Facebook

    
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